Extrait
Quand le doute s'installe
Brigitte Baumont
En revenant du haras, je racontai à Marjorie la tournure qu'avaient pris les évènements concernant Mathieu.
— Il ne me parle quasiment plus, nous ne partageons plus rien. Claudia a suivi son mari, elle a vu, mais franchement je ne me sens pas faire une chose pareille, même si c'est une solution.
— Pourtant, tu serais peut-être soulagée, parce qu'il n'y a rien...
— Ou quelque chose, rétorquai-je.
— C'est une possibilité, mais je te déconseille de rester dans cette situation, le déni ne fonctionnera pas éternellement.
Marjorie m'avait toujours impressionnée par ses réparties et ses analyses, elle raisonnait comme une vraie psy. Ses arguments sonnaient juste.
— Je me demande toujours ce qu'ils ont, ces hommes, à papillonner à droite et à gauche. Ils ne se rendent pas compte à quel point ils font du mal?
— C'est dans la nature des choses, les règles ont été établies pour eux, il faut faire avec.
— Mais bien sûr. Tu plaisantes, je suppose? Eh bien, je vais te dire ce que je pense vraiment. D'abord, il est hors de question qu'on dise de moi: «Oh la pauvre, son mari est infidèle et elle ne s'en rend même pas compte» ou un truc du même genre, comme me témoigner de la pitié, de la compassion ou pire de la condescendance. Franchement, je ne supporterais pas d'être à ce point ridiculisée. Si Mathieu me trompe, alors il peut faire ses valises ou c'est moi qui les ferai, mais je n'accepterai pas un ménage à trois.
— Ou à plus, me répondit Marjorie pour détendre l'atmosphère. Sois sûre de toi avant de tout casser, ou plutôt sois sûre de lui, et mieux, sois sûre de ses tromperies.
— Évidemment je ne ferai rien sans preuve, mais je le ferai, tu peux me croire. Si j’ai commis une erreur, je ferai évidemment mon mea culpa. Mais Claudia a eu raison, elle le supporte depuis trop longtemps déjà. L'autre jour, elle était à bout. Il fallait que ça éclate et tout a éclaté. Et tu peux me croire, elle a tout mon soutien.
Les écarts de conduite d'Anthony avaient obligé Claudia à prendre, à contrecœur, une décision trop rapide et elle se retrouvait bien seule et désemparée. Elle avait souffert de trop d'humiliations, elle l'avait laissé se moquer d'elle, maintenant elle ne l'acceptait plus. Il devait prendre ses responsabilités et il les prendrait. Elle ne voulait plus aucun compromis, au nom de quoi d'ailleurs.
— Si tu veux, j'irai avec toi pour l'aider. Elle doit être forte, son mari n'arrêtera jamais, parce qu'il n'en est pas à son premier coup d'essai. Il fait partie de ces hommes qu'on appelle des coureurs. Ce sont de pauvres bougres, mais qui font bien souffrir leur femme et même, paradoxalement, leur maîtresse.
— Claudia dit que ça ne ressemble pas à ses aventures passées, elle croit que c'est plus sérieux, elle voit cette histoire très différente des autres.
— Il faut qu'elle en sache un peu plus ou alors elle laisse faire et elle attend qu'il se décide. Tu dois lui dire qu'elle se prépare à tout et à n'importe quoi, elle sera moins déçue.
— Comme je le connais, j'ai peur que si elle insiste, il lui dise qu'il va divorcer parce qu'elle devient pénible. Ça risque de lui retomber dessus.
— C'est possible, alors elle doit être plus maligne que lui et patienter.
J'étais bien d'accord avec Marjorie, mais si Claudia ne supportait plus la situation, il fallait qu'elle prenne une vraie décision, LA décision et je n'étais pas sûre qu'elle en ait le cran.
Quand le doute s'installe - Rebelle Éditions