Extrait
Le Virus gladiateur
Marcel Bénézit
Quand les petites rigoles des prés diminuèrent leurs frissons d'eau, ils comprirent que le printemps prenait possession de toute la campagne. Il courait partout et en tous sens, le printemps auvergnat. Dans les taillis, il brodait des bourgeons puis des feuilles; dans les collines, il alertait les oiseaux pour la nidification. D'un galop, il gravissait les montagnes pour les décoiffer de leur bonnet d'hermine. Hop! d'autres bonds, d'autres cabrioles et il courait dans les champs, les pâturages et la lande, inventant des bouquets de verdure et de fleurs. Il visitait même les villages, s'installant sur le seuil des maisons, faisant renaître quelques pissenlits et du plantain entre les pavés de la cour des fermes. Il fréquentait aussi les étables: les vaches et les veaux tiraient plus fort sur leurs chaînes, impatients d'aller manger au dehors. Il gambadait dans les guêrets, jouant à cache-cache dans les forêts, espiègle, jeune et taquin.
C'était un printemps puissant, riche d'haleine fraîche, gorgé de sève, musclé, toute embaumé de doux parfums champêtres. Un printemps gaillard, gai, qui dotait la terre et les gens d'une force intérieure qui transfigurait tous et tout.
Un soleil tout neuf fleurissait chaque jour et malgré quelques assauts d'un vent frais, les vacances offrirent aux enfants une raison d'espérer et des élans prometteurs.
Le virus gladiateur - Marcel Bénézit - 1992 - Association
des Écrivains du IIIème Millénaire