Extrait
Deux étés inoubliables
Simone Chanet-Munsch
Des ricanements, des moqueries et des plaisanteries fusèrent un peu partout dans la salle. Douze ans après les faits, quels indices espérait trouver ce commissaire grenoblois? Encore un qui se prenait pour Maigret ou pour Hercule Poirot… D’ailleurs ce crime était nécessairement l’œuvre d’un rôdeur, d’un ouvrier agricole saisonnier ou d’un Nord-africain du chantier qu’on ne retrouverait pas.
–N’y aurait-il pas une autre possibilité, intervint timidement Valérie Labroz la femme d’Alain. Si madame Courtois est tombée dans un scialet, elle a pu se rompre la nuque dans sa chute. Une grosse pierre entraînée avec elle a pu lui écraser la gorge...
–Le docteur Laboire qui a pratiqué l’autopsie est certain que ces lésions n’ont rien d’accidentel.
–De toute façon, si vous connaissiez Justine, monsieur le Commissaire, vous sauriez que personne à Brénaz n’a pu la tuer, conclut Marcellin Coupefaie sous les applaudissements.
Bernard Malevoix laissa un moment s’exprimer les doutes et les lazzis. Lorsqu’il reprit la parole, il avait perdu son sourire et s’exprima avec une émotion contenue.
–C’est ce que je vais m’employer à vérifier. Au risque de vous paraître suffisant, je fais confiance à mon expérience: contrairement à vos convictions dont je ne mets pas en doute la bonne foi, je pense, moi, que l’assassin connaissait bien la victime. Naturellement, il est peut-être décédé depuis, ou il a quitté le village… mais il peut également résider toujours parmi vous, persuadé d’avoir réussi le crime parfait... Puisque vous proclamez votre affection envers madame Courtois, j’espère que vous aurez à cœur de m’aider à l’identifier afin qu’il soit puni d’un crime aussi odieux.
–Si vous dites vrai, intervint Bernadette Planchu la patronne de l’Auberge des Sapins dont la silhouette s’était arrondie, il n’a pas récidivé depuis. Il aurait donc tué Justine pour une raison personnelle. En enquêtant, ne risquez-vous pas de l’inquiéter et de le pousser à tuer de nouveau dans le but de se protéger?
–J’en suis conscient… Aussi je vous demande solennellement de rester sur vos gardes… Que ceux qui pensent avoir remarqué quelque chose d’insolite à cette époque, même sans rapport direct avec la disparition de madame Courtois, viennent me le déclarer le plus rapidement possible!
–C’est de l’incitation à la délation! protestèrent plusieurs assistants.
–Et les témoins éventuels en situation embarrassante, vous croyez qu’ils viendront se confesser?
–Je le leur conseille, dans leur intérêt. Je sais faire le tri des informations qu’on m’apporte: c’est mon métier. Comme un confesseur, je ne divulgue que ce qui doit l’être… Les adultères, les rendez-vous clandestins ne m’intéressent pas. Dans le cadre d’une enquête criminelle, je peux même fermer les yeux sur de petits larcins. Un voleur qui aurait vu ce qu’il n’était pas censé voir peut se confier à moi sans crainte d’être poursuivi...
–Un meurtre, des vols, des adultères! Vous avez décidément une drôle d’opinion des Brénazais! On n’est pas des dégénérés parce qu’on vit à la montagne!
Deux étés inoubliables - réédité août 2010 - Éditions Charoumu