Extrait
Marie-Anne, déesse raison ou victime?
Liliane Godat
Comment pourrais-je ne pas rêver à ce gentilhomme dont maman trouve, en plus, que c'est un très bon parti? Non content d'avoir hérité de sa mère et de sa grand mère, son père lui a acheté pour 36.000 livres l'office de Trésorier de France qu'il occupe à Riom...
J'étrenne une robe à crinoline rose thé avec un ruché de dentelle sur ma gorge ronde, un peu de fard sur les pommettes. Nous resterons en cheveux puisque c'est un souper intime. Cela tombe bien, je sais que les miens constituent une parure somptueuse tant ils sont abondants, ondulés, soyeux, brillants avec des friselis encadrant mon front. Je n'arrête pas de me regarder dans les miroirs pour vérifier que l'arc parfait de mes sourcils souligne bien mes yeux noisette, mon nez droit, ma bouche charnue en forme de coeur. Encore et encore, je m'exerce à une révérence des plus gracieuses. Tant pis si Rosalie se moque de moi et elle ne s'en prive pas! Qu'importe... Nous chantons:

Il pleut, il pleut, bergère
Presse tes blancs moutons:
Allons sous ma chaumière
Bergère, vite allons.
J'entends sous le feuillage
L'eau qui tombe à grand bruit
Voici, voici l'orage
Voilà l'éclair qui luit.

Je me sens tellement légère et heureuse... Que m'importent l'orage et les éclairs...
Marie-Anne, déesse raison ou victime? - Liliane Godat