Extrait
Le Loup et le Grizzli
Jean-Louis Mauré
Dès que possible j’observais mon ombre dans l’espoir d’y lire une solution, je la scrutais, je la détaillais. Parfois je l’observais du coin de l’œil, d’autres fois je la parcourais avec l’attention soutenue d’un enfant à qui un psy ferait passer le test des tâches et qui se doit de trouver une réponse adéquate, dans l’espoir que les contours m’indiqueraient un chemin à suivre, ou bien j’essayais de la prendre en défaut en accélérant ou ralentissant subitement mon pas.
Mon reflet dans un miroir était devenu l’objet d’investigations scrupuleuses. Je tâchais de déceler dans mon apparence le moindre indice. Une ride naissante, un bouton éclos, un poil de travers et j’étais reparti dans mes spéculations. Les vitrines des magasins apportaient une variante: l’étude de mon allure générale et la vitesse de mon pas me semblaient prometteurs. Combien de fois m’étais-je cogné le front sur la vitre, ou avais-je laissé mes empreintes de doigts, voire ma salive en tentant de percer le mystère au plus près? Certains commerçants me regardaient à présent avec un œil suspicieux, étonnés que je prête autant d’attention à une vitrine qui n’en méritait pas tant ou de me voir pratiquer devant leur devanture une danse chaotique et fort peu engageante pour la clientèle... Moi je filais doux!
J’avais enfin à l’occasion élargi le champ de mes observations à mon reflet dans les flaques d’eau. Je tâchais de distinguer des indices dans les rides qui déformaient mon apparence, mais à la va-vite car je n’aurais pas supporté d’être interpellé ou démasqué par un observateur. À force de regarder au sol, certaines collisions avaient été inévitables!
Le Loup et le Grizzli - 2011 -Mon Petit Éditeur